La parole à... Emmanuel Vaillant
Chef de rubrique pour l'Etudiant
Journaliste d'hier, journaliste d'aujourd'hui... Faites-vous le même métier que vos confrères il y a 20 ans ?
À première vue le métier de journaliste n’a pas changé. Même si les manières de travailler sont très différentes d’un support à l’autre, d’un quotidien généraliste à un mensuel spécialisé, d’une chaîne de télé à un site internet, les règles restent les mêmes : rechercher une information, la sélectionner, la vérifier, la mettre en scène c’est à dire la rendre accessible et compréhensible au public.
Seulement les conditions d’exercice du métier ont profondément et rapidement évolué. D’une part, avec le développement du numérique et des nouvelles technologies de communication, les journalistes n’ont plus le monopole du traitement de l’information. D’autres acteurs sont à prendre en compte, des experts aux citoyens qui participent aussi à la fabrication de l’information (commentaires, tweet, blogs…). Cela impose des exigences nouvelles : plus de réactivité, plus d’interactivité… D’autre part, et c'est inquiétant, les conditions économiques se sont très nettement dégradées : précarisation de la profession, fragilité des titres de presse, manque de moyens…
La presse ne se résume plus au papier, mais est devenue multi-supports (presse, web, mobile). En quoi cela a-t-il changé la donne dans l'exercice de votre métier ?
Le multi-supports c’est à dire la multiplication des modes de diffusion a évidemment une incidence sur le travail des journalistes, et en aura de plus en plus. Cela signifie concrètement qu'une information diffusée n'est jamais "finie". On travaille dans un flux continu, au cours duquel l'info en ligne est modifiée, agrémentée, restructurée au fil du temps et des compléments à ajouter. Mais attention, ces nouvelles technologies ne doivent pas être l'occasion de faire des économies sur les moyens humains. Ces outils ne doivent pas non plus détourner d'un travail de terrain qui reste le métier fondamental du journaliste.
Vous qui "faites" l'information, quel regard portez-vous sur l'éducation aux médias ?
Je constate que de très nombreuses et belles initiatives sont menées depuis plusieurs années pour éduquer les jeunes aux médias. Et elles sont très efficaces. Seulement il y a encore beaucoup à faire encore pour réduire les inégalités entre ceux qui ont les moyens de décrypter l’information avec un regard critique et ceux qui ne les ont pas. Il est urgent de réduire cette fracture culturelle qui osons le dire relève d'un enjeu démocratique.
